Le silencieux Samba Sall, Doyen des juges d’instruction

Le Doyen des juges Samba Sall s’est révélé au grand public avec l’affaire Aïda Ndiongue à l’époque où il était juge du deuxième cabinet d’instruction. Devenu entre temps Doyen des juges d’instruction (Dji) et ayant en charge l’affaire Khalifa Sall, ce magistrat, né 1963 à Sokone, a toujours cultivé la discrétion dans son travail. De la même promotion que le procureur de la république Serigne Bassirou Guèye au Centre de formation judiciaire (Cfj), il est crayonné comme une personne calme, après une jeunesse tumultueuse dans le Saloum. Après une expérience ratée comme avocat, Samba Sall trouve enfin sa voie dans la magistrature.

Son allure débraillée et son regard innocent ne permettent pas de le distinguer dans la foule qui arpente chaque jour les couloirs du Palais de Justice de Dakar. C’est dans l’anonymat total qu’il rejoint de sa démarche souple son bureau. Samba Sall n’a jamais cherché la lumière, ni les mondanités depuis sa nomination en octobre 2015 au poste de Doyen des juges d’instruction (Dji). En vrai bohème, il se veut simple dans ses manières comme dans ses attitudes.

Cependant, la déferlante médiatique autour des «dossiers sensibles » de la République a fini par l’exposer à la face des cameras et de la presse. Son nom apparait désormais au coeur de la mêlée politique avec les affaires Bamba Fall, Abdoul Mbaye et Khalifa Sall. Mais Samba Sall refuse de porter la toge de bourreau des opposants du pouvoir. Le successeur de Mahawa Sémou Diouf confie qu’il est uniquement préoccupé par sa volonté de bien instruire les dossiers qui lui sont soumis. Même s’il ne peut pas résoudre toutes les énigmes, l’homme se veut méticuleux et rigoureux dans son travail d’investigation.

Pourtant, la trajectoire de ce Saloum-Saloum né à Sokone en 1963 est loin d’être rectiligne. D’un tempérament très bouillant, le jeune Samba Sall se bagarrait souvent avec les jeunes de son quartier. Ce qui lui a valu le surnom de «Bathie le fou» qui le poursuivra des années plus tard. Le baccalauréat en poche, il s’oriente vers les études de Droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Samba Sall aime le Droit particulièrement la Théorie.

Après avoir écumé les amphithéâtres de la Faculté de droit, il réussit brillamment à l’examen du barreau. Mais les cabinets d’avocats se ferment devant lui. Car, Samba Sall souffre de bégaiement qui l’empêche d’enflammer les audiences. Le cabinet de feu Me Moustapha Diop lui donne sa chance. Après deux ans de pratique, il se détourne de la profession d’avocat. Il surprend son monde en démissionnant du barreau et tente sa chance au concours de la magistrature. Il intègre le Centre de formation judiciaire (Cfj) en 1997. Il en sort en 1998 en compagnie de Serigne Bassirou Guèye, actuel procureur de la République. La même année, il a une prise de bec avec des responsables libéraux de Saint Louis où il faisait un stage. Il effectue ensuite quelques passages dans certains tribunaux correctionnels, avant de décrocher ce poste de Doyen des juges.

Habile, Samba Sall essaie d’éviter les relations conflictuelles que connaissent souvent les juges d’instruction avec le parquet.

UN JUGE SEREIN ET CALME DANS SES AUDITIONS

La proximité avec le maître des poursuites, un de ses camarades de promotion au Cfj, est aussi d’un bon secours. Ce qui pousse certains observateurs, à le décrire comme l’autre bras armé du régime ou le juge de l’Apr. Mais, il en faut davantage pour l’abattre. Samba Sall est décrit par ses proches comme un magistrat obstiné, indépendant et compétent. Même s’il délivre les mandats de dépôt, il n’en fait pas une victoire. Il s’agit juste, pour lui, d’instruire au regard des faits. Au fil des années, l’impétueux Samba Sall s’est assagi et devenu plus zen, souffle un de ses proches. Désormais, d’un calme olympien, il ne bronche jamais devant l’hystérie et les vociférations des robes noires qui s’emportent dans son bureau. Samba Sall est maître de ses émotions. Bien que bègue, il a réussi à dompter ses excès de colère. «Il ne s’emporte jamais dans ses déclarations. Il est tout le temps serein», souffle une connaissance. Son visage ne trahit aucune animosité lorsqu’il a expédié des personnalités comme Thione Seck à la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss.

Très discret, Samba Sall veut conduire ses instructions dans les règles de l’art. «Les droits du maire Khalifa Sall ont été respectés, lors de son face-à-face avec le Doyen des juges», affirme Me Mbaye Gueye bâtonnier de l’Ordre des avocats. «Il ne badine jamais avec les textes, même au sein du mouvement associatif à Sokone», apprend-t-on de son entourage. Samba Sall est un féru de football. Pendant plusieurs années, il a porté le maillot du club local de Kelafa au poste d’arrière-central ou de gardien de but. Juriste pointilleux, il laisse parler les faits. Mais de là en faire un robot ou une machine, c’est une comparaison que beaucoup de ses amis refusent de faire. Absorbé par son travail, il n’oublie pas sa famille. Samba Sall qui a épousé une Saint-Louisienne aime passer du bon temps avec ses 3 enfants.

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